Récit du voyage - Etape 2

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Pékin et la Grande Muraille

Les cours carrées des Hutongs sont de petits paradis zen. Le réveil s’y fait en douceur ce matin, après notre première nuit en Chine.

A la sortie de la station de métro Tiantan, on cherche un moment l’entrée du Parc du Temple du Ciel. Quelques groupes mieux renseignés nous servent de boussole.
A l’entrée, un français insulte gentiment un guichetier, manifestement en colère. On prend nos billets et un joli plan en papier kraft qu’on paie en bonus sans avoir rien demandé.

Les allées du parc accueillent une foule considérable aujourd’hui. Des musiciens, des sportifs, des anciens combattants…. On se regroupe par poignées pour participer sous les grands arbres à un jeu qui ressemblent aux dames. On se promène en famille, à la découverte d’un monument emblématique de la ville.

Ce Temple du Ciel a vraiment du style, posé sur sa plate-forme sommitale. C’est paraît-il un point d’équilibre cosmique entre ciel et terre.

Il est au sommet d’une large allée qui descend doucement jusqu’à une nouvelle plate-forme, encore un point de force, une sorte de pôle magnétique ou quelque chose comme ça. Les Chinois se succèdent en son centre pour recevoir des Good Vibrations. Un lieu qui a peut-être dans un temps ancien inspiré les Beach Boys et plus récemment les créateurs de la série Lost.
Nous quittons le parc de ce côté, au Sud de la ville. Nous y trouvons un boulevard cradingue et le canal des eaux usées de la ville. Pas grand-chose à voir ici, on rentre dans le premier métro pour rejoindre une autre attraction capitale : le Palais d’été.. Nous descendons à la station XIyuan.

Les empereurs de Chine venaient passer l’été dans cet immense parc aménagé autour d’un lac paisible. On se promène tout l’après-midi dans cet ensemble de demeures luxueuses et de temples rouges à l’architecture délicate. Une petite colline, Wanshou Shan « La colline de la longévité » à la pointe nord du lac offre de pavillons en temples un dédale d’escaliers monumentaux et les meilleures vues sur ce Palais d’estive.

De retour dans le centre de Pékin, et après cette journée riche en découvertes extraordinaires, on s’installe pour dîner dans un petit restaurant de quartier. Nos délicieuses marmites sont servies encore bouillantes. L’atmosphère enfumée s’anime à la table d’à-côté lors d’une discussion entre deux chinois légèrement alcoolisés.

On ira sur la Grande Muraille.

La Grande Muraille de Chine, ce monument titanesque qui fait 6000km.
Notre projet a muri avant de partir. Nous voulons randonner sur la Muraille de Chine. Un rêve à réaliser. Facile sur le papier. Nous avons tout noté : le point d’accès, photos à l’appui, le parcours, le point d’arrivée, et en caractères chinois s’il vous plaît. Faut dire qu’on s’éloigne un peu du circuit touristique classique, le village de Xizhazi n’étant pas dans tous les guides
Nous avons mis l’hôtel dans la confidence et demandé pour la journée une voiture avec chauffeur. Il doit nous déposer à Xizhazi, au pied de la tour de Jiankou, et nous reprendre à Mutianyu, fin de notre randonnée. Manifestement, le personnel n’a jamais entendu parler de ce parcours. Ils ont plutôt l’habitude d’envoyer les touristes à Badaling, point de ralliement des touristes du monde entier sur la Grande Muraille.
En partant, je montre au chauffeur le nom de notre destination, et l’invite à le rentrer dans son GPS. D’un geste de la main, il repousse l’idée.

Monsieur sait où il va.

Deux heures plus tard, des arrêts répétés et des discussions animées avec la population d’un village nous laissent songeur. Il passe un coup de fil et nous passe l’appel au bout d’une minute.
C’est notre hôtel. Nous sommes bien à la Grande Muraille de Jiankou, mais marcher jusqu’à Mutianyu prendrait au moins 12 heures. Bien renseigné, je lui explique donc que c’est parce que nous sommes du mauvais côté de la Tour de Jiankou. Nous sommes au Sud de la Grande Muraille, nous devrions être de l’autre côté, au Nord.
Nous ne sommes pas du tout au bon endroit.

1h30 plus tard, grâce au GPS, nous arrivons enfin à destination. Triomphant, je montre au chauffeur une photo de notre point de chute. C’est exactement ici que nous sommes !
Nous convenons ensemble d’un rendez-vous 6h30 plus tard à Mutianyu, une personne de l’hôtel faisant la traduction par téléphone.
Il repart, l’air sceptique, sans doute certain de ne jamais nous revoir.

Seuls sur la Grande Muraille de Chine…

Un vieux chinois est assis sur un banc au début du chemin. Avec un geste en direction d’une grande tour blanche qu’on aperçoit au loin, je lui demande :

- « Zhengbeilou ? ».
Il hoche de la tête.
On y va.


Tout en haut d’un chemin en sous-bois, nous atteignons la tour, notre point d’entrée sur la Grande Muraille.
Nous nous hissons à l’aide d’une échelle sur cette bâtisse blanchâtre qui d’un côté s’effondre en ruines dans le vide et de l’autre invite à un départ de randonnée. C’est là que nous dégustons notre déjeuner, seuls, absolument seuls, sur la Grande Muraille de Chine, face au dédale vertigineux de Jiankou.

A 100km de Pékin, le nuage de pollution est toujours là, et le soleil ne se devine qu’à travers un épais voile gris.
Allez, il faut se mettre en route. 3 heures de marche de Zhengbeilou à Mutianyu. Au début, la muraille est une ruine romantique envahie par la végétation. Quelques tours carrées mal en point ponctuent notre chemin. Parfois, il faut même descendre du mur, et longer en contrebas les pierres millénaires. Le paysage de collines sèches se dévoile petit à petit, et la muraille s’évapore dans la brume, chaque pas un peu plus loin. Elle grimpe les plus hautes pentes et dévale sans hésiter les courbes qui vont se perdre derrière l’horizon.
Son apparence finit par changer. Le pavé s’aligne, le crénelé s’affine. La muraille rénovée est là, devant nous, spectaculaire et fière.

C’est la Muraille de Mutianyu.

La première vendeuse de bric et de broc nous cueille, nous qui arrivons de nulle part. Avec son grand drapeau chinois, elle parvient à nous faire céder aux joies de la photo souvenir. On lui achète quelques cartes postales jaunies pour la forme, ce sera notre seul achat parmi la succession de stands ambulants bien présents mais pas oppressants.

Les Chinois ont pensé à tout. Pour redescendre de la Grande Muraille, une piste de luge dévale 500 mètres de pente jusqu’au parking en contrebas. On peut bien évidemment choisir d’autres alternatives, mais celle-ci est plutôt sympa, alors je fonce comme un gamin jusqu’au pied des montagnes, tout en bas dans la vallée.

Un petit café comble les 30 minutes d’avance que nous avons, et sur le parking, nous retrouvons notre cher chauffeur, surpris par l’aventure mais content de nous retrouver sains et saufs.
Il nous raccompagne à pékin, devant notre hôtel. La nuit tombe déjà. Ce soir, on se contentera d’un plat simple dans un restaurant voisin.
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