La tête dans les nuages à Monteverde
Le voyage s’emballe à Monteverde. On quitte la côte pacifique direction les montagnes. Tout là -haut dans la cloud forest, je vais découvrir le Costa Rica dont je rêvais. Je crois qu’aucune autre forêt au monde ne peut créer un tel enchantement de sons, de lumières, de teintes vertes multipliées à l’infini. Laissez-moi vous raconter.
Elle monte peut-être dans les nuages cette piste en terre, mais pour le moment on ne voit que des cailloux, à gauche, à droite… sous nos roues aussi. Dans le van de la compagnie Greyline, le siège bébé est bien accroché, ça n’empêche pas Héloïse de râler. On se balance dans tous les sens, c’est l’heure du rodéo. La terre est sèche, la montagne aride, on se croirait au Far West. Où est donc passé le pays luxuriant qu’on appelle Costa Rica ?
Le bitume reprend ses droits à l’entrée de la ville de Santa Elena. Nous nous arrêtons ici au Mar Inn, notre hôtel pour les trois prochaines nuits.
C’est fou comme le décor a changé, la météo également. Il y a quelques minutes, la montagne pelée dominait le paysage. Désormais, une forêt dense s’impose de toutes parts. D’un côté de la vallée, elle dégage une brume épaisse, un nuage qui la dépasse. Haut comme le ciel, il nous envoie des vagues rafraichissantes et le spectacle d’un arc-en-ciel.
Le premier restaurant sur notre chemin s’enroule en étages autour d’un grand arbre façon cabane de Robinson. C’est le Tree House et ce pourrait bien être un attrape-touriste. On y entre malgré tout, et preuve qu’il faut se méfier des premières impressions, notre repas sera plutôt bon. Nous sommes reçus et servis par un jeune homme blanc et blond. Il fait partie de la communauté Quaker qui a fondé la ville au milieu du siècle dernier.
Les Quakers voulaient fuir la modernité, ils ont créé des réserves naturelles pour protéger la région du progrès. Le tourisme vert les a rattrapés.
Aujourd’hui, Santa Elena a les traits d’une agréable station de montagne, elle vit du tourisme grâce à la richesse de ses écosystèmes. Bien qu’elle n’ait toujours pas de route en bonne et due forme pour y accéder, la vallée de Monteverde a changé. Les quakers se fondent dans ce nouvel environnement, ça a l’air d’aller.
Jour 6 : La réserve biologique de Monteverde
Ce matin, je monte dans le bus avec une excitation certaine. Je crois bien que j’ai toujours voulu venir ici, dans cette jungle profonde, le couloir vert d’un pays exemplaire en la matière. Le Costa Rica est le pays le plus écologique du monde, 100% de son énergie est renouvelable et on y trouve 5% de la biodiversité mondiale. Il a fait de la défense de l’environnement la source de son développement avec le succès qu’on connaît. Au cœur de cette idée vit la cloud forest de Monteverde et sa plus fameuse réserve privée : Reserva Biologica Nosque Nuboso Monteverde.
A l’entrée, on nous libère de 20 USD en échange du droit d’entrée, d’une carte et de conseils précieux sur les parcours à combiner. La personne qui nous renseigne nous propose de commencer par le Sendero Nuboso. C’est sur ce sentier que nous prenons le pouls de la forêt.
Je n’aurai pas de mot assez merveilleux pour la décrire, parce qu’au-delà de la végétation, cette forêt sait créer un spectacle son et lumière qui nous enivre. Nous sommes noyés dans la brume, complètement seuls. Les chants d’oiseaux inconnus se succèdent, l’eau se faufile et ruisselle le long des troncs, des branches et sur des feuilles de toutes les tailles qu’on puisse imaginer. La lumière diffuse de la brume participe au souffle de ce corps végétal dont l’esprit semble palpable à chacun de nos pas. Nous avançons en silence, celui qui sied aux plus belles cathédrales.
Nous lisons sur chaque sentier un visage différent de la forêt. Profonde et mystérieuse sur le Sendero Nuboso, elle devient basse et prend des formes étranges sur le Sendero La Ventana. Un point de vue jusqu’aux volcans s’y étend par beau temps. Nous n’y voyons que le défilé de la brume dans le vent.
Le chemin s’élargit sur le Sendero Camino puis se courbe sur l’étroit Sendero Roble. Nous arrivons au pont suspendu, emblématique des lieux. Son rouge profond se jette dans un immense brouillard. Pas plus de 10 personnes à la fois. Comment savoir ? Sa traversée nous ouvre le toit de la canopée.
Nous retournons au Centre des Visiteurs par le Sendero Wilford Guindon où une pause nous attend dans le café du parc. Les radiateurs sont allumés, nous les utilisons pour sécher nos vêtements pris par l’humidité.
Nous repartons bientôt sur le Sendero Tosi jusqu’à une petite cascade. Nous pourrions continuer mais la fatigue guette Héloïse qui ne veut plus ni marcher ni son porte-bébé. Nous préférons rentrer. Le bus nous ramène en ville, dans un monde plus prosaïque, où la réalité est faite de boutiques souvenirs et de supermarchés.
Les sentiers de la réserve de Monteverde
Le réseau est composé de 13 sentiers - les senderos - qui font ensemble un total de 13km de long. On peut les combiner à volonté pour former des boucles de randonnée plus ou moins longues. Une journée suffit à les parcourir en totalité, mais je vous conseille plutôt de faire des choix et de ralentir le pas.
À l’entrée du Parc, on vous remettra une carte. N’hésitez pas à demander conseil en fonction de vos envies et de vos capacités. Les sentiers sont accessibles à tous., mais à chacun son rythme, à chacun sa randonnée. Ce qui compte c’est la forêt.
Vous ne devrez pas réussir à vous perdre. Le Parc a installé d’énormes panneaux en bois à chaque intersection, ils indiquent les différents sentiers à suivre. Jetez un œil sur votre carte pour connaître les distances.
Notre parcours le matin – à faire en priorité (durée : 3h) : Sendero Nuboso, Sendero La Ventana, un peu de Sendero Camino, Sendero Roble et Sendero Puente pour rejoindre le pont suspendu, Sendero Wilford Guindon pour rentrer au Centre des Visiteurs.
Notre parcours l’après-midi (durée : 1h) : Sendero Tosi jusqu’à la cascade puis retour par le Sendero Cuecha.
Jour 7 : La Réserve Santa Elena
Avant même de commencer le 7e jour de notre voyage au Costa Rica, je suis dans un enchantement complet. La journée d’hier a été des plus belles, et la perspective de m’immerger à nouveau dans la forêt me réjouit au plus haut point.
Nous prenons la direction de la Réserve de Santa Elena, au Nord de la ville. Si on en croît les guides de voyage, l’atmosphère y est égale à celle de Monteverde. Comme différences, on notera qu’elle est moins fréquentée et un peu plus ensoleillée. Nous y verrons peut-être des animaux, pourquoi pas le Quetzal Resplendissant qui paraît-il se cache dans la forêt.
Pour les sentiers, c’est un peu plus simple ici. 4 chemins parcourent la réserve. On en prendra trois : Youth Challenge, Del Bajo et Encantado.
À peine ai-je commencé le sentier Youth Challenge que la nature m’offre un instant suspendu. Un grand oiseau vient se poser sur une branche tout près de moi, m’observe quelques secondes et s’envole d’un élan majestueux.
Renseignement pris, il s’agit d’une Pava Negra, une espèce endémique du Costa Rica et du Panama. En danger comme 26 500 autres, elle est sur la liste rouge des espèces menacées de l’IUCN, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature.
Plus loin sur le sentier Encantado, je capte un son étrange que je n’ai pas entendu jusque-là . Un guide que je croise est formel, il s’agit du Quetzal. Nous le cherchons ensemble un moment, sans succès. La forêt chante ici plus encore qu’à Monteverde jusqu’à émettre des sons étranges, métalliques, dissonants, piquants, mais elle vibre le plus souvent dans un concert de douces harmonies.
Puisque le ciel se découvre peu à peu, que les rayons du soleil s’infiltrent sous la canopée, une danse d’ombres et de lumières s’improvise enfin sur la Réserve de Santa Elena. Je suis conquis par cette forêt. Héloïse, elle, en a ras le porte-bébé. Elle contribue à la bande-son, plein centre sur la stéréo. Je te dis au revoir, ma si jolie forêt.
Les réserves : Comment y aller ?
Tout est très bien organisé à Santa Elena, y compris le transport jusqu’aux deux réserves de Monteverde et Santa Elena.
Des bus font l’aller-retour plusieurs fois par jour.
- Pour la réserve de Monteverde, ils partent de la route principale juste en-dessous du Centre des Visiteurs.
- Pour celle de Santa Elena, c’est 100 mètres plus loin, sur la route qui remonte vers le Nord. N’hésitez pas à demander les horaires et confirmation des arrêts au Centre des Visiteurs ou dans les commerces.
Le trajet dure entre 20 et 30 minutes. Les routes, si on peut les appeler ainsi, sont des pistes caillouteuses. Ça remue. Si vous êtes montés jusque-là avec votre véhicule, c’est que vous roulez en 4x4. Vous en aurez besoin pour accéder aux réserves par vos propres moyens.
Pour remplir les fins de journée, la ville de Santa Elena est riche en écomusées divers et variés sur la faune et la flore locale. On y trouve papillons, orchidées, chauves-souris ou grenouilles. Nous avons décidé de rendre visite à nos petits batraciens préférés, si petits qu’on a eu du mal à les trouver dans les différents vivariums du musée. Notre guide, lui, connaît la bestiole. Grâce à sa lampe-torche ultra perfectionnée, il sait dénicher les meilleures planques de grenouille et nous offre un feu d’artifice de couleurs, du bleu, du vert, du rouge, pour conclure en beauté notre visite de la région de Monteverde.
Nous passons notre dernière soirée à Santa Elena dans la chambre de notre hôtel. Le repas est improvisé sur le lit. Du repos bienvenu pour Héloïse. Bonne nuit.
Où dormir à Monteverde : Hôtel Mar Inn, Santa Elena
La tête dans les nuages à Monteverde : L’essentiel
- La ville de Santa Elena centralise les services et les commerces de la région, c’est un excellent point de chute pour visiter les réserves.
- Ici la forêt est magique. Je vous recommande de passer une journée dans chacune des deux réserves de Monteverde et Santa Elena.
- Un guide n’est pas obligatoire, on peut se balader en toute liberté sur les sentiers des réserves.
- Il est plus facile d’observer certains animaux la nuit. Les agences et les réserves proposent des randonnées nocturnes dans la forêt.
Le voyage
À la découverte du Costa Rica et du Panama
- Visiter Alajuela et le volcan Poas
- La tête dans les nuages à Monteverde
- Les pentes du volcan Arenal
- Cahuita, une merveille sur la côte caraïbe
Article : La tête dans les nuages à Monteverde